

(16,17,18 octobre, neige à 3500 le samedi (15cm), puis grand beau le dimanche, -30 degrés au sommet, vent du nord.)
Le sommet est mythique, tout alpinisme doit se l'offrir un jour. Je me souviens encore de mes 10 minutes là haut dans le vent glacial, les souvenirs sont bien vifs.
Je suis monté avec un letton, comme un cadeau du ciel, je l'ai trouvé seul, samedi, à tête rousse alors que mon second de cordée était malade et qu'on allait abandonner.
Le Letton et moi, on monte vers le Gouter sous la neige qui nous oblige à cramponner, on passe le grand couloir, tout calme grâce au gel, on s'entend bien, la cordée se forme, comme si on se connaissait depuis des lustres. Cette relation avec ce gars, avec qui la communication est sommaire du fait de mon anglais pourrave, est vraiment étonnante. Sans trop se parler, on s'apprécie, on est bien. Peut être est ce l'euphorie provoqué par “le Blanc”, si proche.Je ne sais pas, mais ce qu'on vit est fort.
On arrive au refuge du Gouter (3800m) ou se trouve déjà 8 gars, 1 cordée de deux potes, et 4 potes et leur deux guides, formant 2 cordées. On sera donc 4 cordées à tenter le sommet demain.
Un des guides se renseigne pour la météo de demain, mer de nuage vers 2000m. Ca veut dire qu'on sera au dessus, et qu'on aura grand beau, Allélouia. On a le cul bordé de nouilles, comme dirait ma grand mère. Dans nos têtes on est déjà au sommet.
On fait fondre un tas de neige, et on se couche, la nuit n'est pas désagreable (pas froide).
Le lendemain c'est une autre paire de manche, départ à 3h30, dome du Gouter, col du Dome, bivouac Vallot. On a très froid, les 4 cordées gesticulent dans la petite pièce de l'abri à 4400m d'altitude. 1 cordée décide d'abandonner, ils ne sentent plus leurs pieds.
Les 3 cordées restantes se suivent plus ou moins jusqu'à La Troisième Bosse, 1 des 3 abandonne, toujours le froid. Nous, on hésite, mes doigts m'inquiètent, on se pose 2 minutes, je les réchauffe sous ma langue. On repart, on accélère, on est déterminé, on ira au sommet. On souffre, on profite difficilement de l'ambiance de folie qui nous entoure. Enfin c'est le sommet, et on y retrouve la deuxième cordée, 10 minutes de bohneur on on tente d'oublier le vent glacial puis on redescend, euphorique mais vite épuisés.
On ne s'arretera que 10h plus tard, sur le parking de Bionassay, à 1300m d'altitude.
Romain.
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